édition / 2017 :DESEBLOUIR


DESEBLOUIR      Éditions Adverse

112 pages couleurs sur papier 300 gr. sous étui cerclé et aimanté papier noir teinté dans la masse 460 gr., 29,7 x 42 cm, 50 €  - juin 2017. ISBN : 979-10-95922-12-4



ISBN : 979-10-95922-12-4

Déséblouir
Dès 1993, Jean-Pierre Marquet s’engage dans un travail au long cours qu’il n’abandonnera plus. Il attribue alors à cette œuvre abyssale en développement permanent le nom d’Autofictions, à une époque où ce terme était déjà porteur d’un sens susceptible d’ouvrir à des recherches stimulantes.
Associant au sein de grandes planches A3 dessins et collages, photographies et peinture, notes et repentirs, commentaires sur l’art et auto-réflexivité, Marquet s’invente un double créateur à la recherche de lui-même, révélant le processus d’élaboration d’une identité d’artiste à partir et au-delà d’une bande dessinée qui n’en finit pas de nous dévoiler ici ses possibles.
Quelques vingt-quatre années, douze recueils auto-édités, un catalogue et une poignée d’expositions plus tard, l'ouvrage "déséblouir" présente une sélection de 112 planches sélectionnées sur ces douze dernières années avec l’ambition d’élaborer UN livre cohérent. Soit une proposition d’une oeuvre “achevée”, dégagée par une vision subjective extérieure parmi l’infinité d’ouvrages potentiels contenus dans un travail revendiquant l’inachevé, l’ouvert, la recherche et l’éternel recommencement.

En voir plus : éditions ADVERSE



En commande sur Éditions Adverse, juin 2017
En vente à la librairie Vent d'ouest, le Lieu Unique, Nantes, librairie Mollat, Bordeaux, Librairie Contrebandes, Toulon et ailleurs aussi, en France et Belgique.







expositions / 2017

23 février - 23 avril 2017
Centre du Daily-Bul & Co à La Louvière, Belgique.

 














PERCUSSIONS DES IMAGES

 VIGUEUR DES MOTS


Une sélection des éditions 100 Titres, accompagnées d’œuvres originales des artistes de la galerie 100 Titres.



                                      Présentation entre autre des ouvrages suivants :
- Une planche par jour sinon rien, DVD contenant les 365 planches réalisées au cours de l'année 2014, 100 Titres, 2015
- Autofictions, Fondation SMartBe, Yellow Now et 100 Titres, Bruxelles-Crisnée, 2013
- Du bordel, livre d'artiste réalisé par la galerie 100 Titres
- une série "autofictions" autour de la figure de Rimbaud, d’après une sélection de planches d'Alain de Wasseige.












Pour en savoir plus : http://www.dailybulandco.be/

édition / 2014

DU BORDEL
Livre leperello de 24 pages, édité par la Galerie 100 Titres à Bruxelles.

du bordel de Jean-Pierre Marquet a été tiré à 12 exemplaires en impression numérique sur papier Arches 240 grammes, dont  9 exemplaires numérotés de 1 à 9 et 3 exemplaires hors commerce, marqués aux initiales  A.d.W., JP.M., Fr. S., qui constituent la seule édition originale.



Tous les exemplaires sont signés par l’auteur.  Imprimé aux Ateliers Raymond Vervinckt et Fils à Liège pour le compte de 100 Titres à Bruxelles
L’emboitage a été réalisé par Francesca Scarito.

texte / 2016


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Bataille(s) 
Alain de Wasseige

Tout commence et recommence avec une feuille de papier A3, placée verticalement. Logique de recourir au format « portrait » puisque nous sommes face à des « Autofictions ». Ensuite, l’artiste trace une ligne noire à l’intérieur, à un centimètre des limites du papier. Car il se doit de cerner son champ d’opération avec la plus grande rigueur, faute de quoi la bataille qui va s’y livrer risque de déborder et d’envahir son quotidien.
Circonscrire / mettre à distance
Délimiter / concentrer
Enfermer / ouvrir
Et, quoiqu’il advienne, contenir en soutien aux éclats attendus et à la densité promise.

Ici, pas d’esquisse, ni de projet prédéterminé.
L’œuvre c’est tout à la fois la pensée, la mémoire, l’affect, l’intention, les mots, les traces, les réflexions, les manques, les images, les repères et les couleurs du jour (chaque autofiction est datée).
Le vécu et l’imaginé.
L’essentiel et le banal.
Jamais développés, tout au plus dupliqués, évoqués, amorcés, esquissés, parfois délibérément esquivés.
Mais aussi abandonnés, négligés, relégués, effacés.
Ou encore, repris ailleurs, sur d’autres feuilles-planches en variantes et rappels re - contextualisés. Importantes, mais discrètes insistances.

L’existence dans ses résidus et ses rebonds.
Une œuvre-vie tout en fragments, comme seule forme de cohérence possible pour aujourd’hui.
Une œuvre-vie à reprendre presque quotidiennement.
Une œuvre-vie (plus de quatre mille planches à ce jour) passée à questionner l’une et l’autre en nommant, en dessinant, en collant, en traçant les éléments persistants et fugaces qui les structurent.

Mais par où et avec quel élément amorce-t-il le processus de travail ?
Rarement avec le même matériau de base, encore plus rarement au même endroit.
Répéter à longueur de jours, de mois et d’années une même démarche impose de se méfier des redites, de ruser avec le geste connu, de bannir l’habitude.
Une seule devise : ne jamais trahir le dynamisme spontané qui fait vibrer chacune des planches. La maîtrise, oui, mais pas au prix de la liberté. Celle de chacun des éléments que l’artiste met en place sur sa feuille, l’un après l’autre, l’un par rapport à l’autre.
Sur la page-planche, liberté de la pensée, de la mémoire, de l’affect, de l’intention, des mots, des traces, des réflexions, des manques, des images, des repères et des couleurs.
Se mettre en retrait par rapport à eux.
Les laisser libre d’interagir ou non.

Titrer
Souvent, dans la partie supérieure de la page, centré ou décentré, dessiné en lettres minuscules ou capitales, en caractères inattendus ou suffisamment grands pour s’imposer au regard, apparait ce qui pourrait passer pour un mot-titre, un nom-titre, une courte phrase-titre.
Une invitation à suggérer, à identifier un propos.
Adressée à l’artiste ? Au lecteur ? A l’un et l’autre ?

Il y des titres qui, à peine affirmés, voire soulignés ou colorés, se voient barrés, raturés, laissés à l’abandon.

Affirmer / dé - router
Ne pas surdéterminer le devenir de la planche.
Ne pas verrouiller ses possibles.
Accepter de se contre - dire

Il y a aussi d’autres « titres », maintenus ceux-là.
Ils structurent.
Ils proposent.
Ils désignent.
Ils suggèrent.

Mots-graphiques autant que mots-sens
Plasticité du littéraire / errances facilitées
Plasticité du littéraire / parcours ouverts

Où sommes-nous si ce n’est au cœur des interstices mots /images, arts plastiques / littérature ? Un entre deux, ou plutôt un entre eux, qui se fixe pour projet de faire jouer ces deux langages, de donner l’apparence d’emprunter les voies de l’un pour mieux respecter celles de l’autre et inversement.
Une œuvre à la croisée de leurs itinéraires respectifs. Une œuvre faite de confrontations, de sauts, d’amorces, de réponds, parfois discordants, de correspondances tantôt évidentes, tantôt enfuies ou trop personnelles pour être aisément communicables.
Et quand le sens résiste, quand l’illogique, voire l’absurde prend le dessus, le plastique vient toujours à leur secours. Aucune univoque lignée.

Au cœur de la page ça bataille ferme.
Pour s’imposer.
Pour résister aux tentations de l’effet.
Pour exister face à la force de conviction d’un fragment d’image dessinée, peinte, photographiée, décalquée, empruntée.
Pour rester cohérent quand un flot d’images vous assaille.

Dans cette guerre, l’artiste dispose de plusieurs armes.
Il additionne, complexifie, découpe, déchire, superpose (partiellement), barre, sur colle, rature. Il fait éclater l’image, la respecte et y renonce. Il enregistre au plus vite quelques-uns de ses échos et passe à autre chose.

Il en va de même des mots. Amorces d’une pensée, espace-temps d’un souvenir. Affirmations qui s’énoncent au rythme de leur dispersion – disparition. Ecrits dans ce geste rapide de la notation avant oubli. Soulignés, raturés, souvent avec acharnement car l’idée se cherche et revient sur elle-même. L’artiste intègre donc les faux départs, les équivalences réelles, feintes ou même ratées. L’erreur autant que la certitude. L’esquisse, l’allégation et le renoncement. Soit le mouvement et le rythme même de la réflexion et de la mémoire sous forme de listes-nomenclatures, de phrases entamées, de notes, de répétitions, de références, de variantes, de dits et dédits.

Ça bataille ferme, donc ça griffe, ça tache et ça hache, ça gribouille, ça rature (vocabulaire de l’in - forme). Ça souligne et ça barre, ostensiblement. Ça flèche ici et ailleurs. Dans le rapport aux mots. Dans le rapport aux images ou, sans raison apparente, sur un espace (encore) vierge. Emportements contenus. Tout y passe : arts et quotidien, fiction et réalité et de l’un à l’autre. Tous les registres, fussent-ils prétendument opposés. A tous les temps : présent, passé et futur.

La planche comme champ de bataille au cœur des images. La planche comme champ de bataille au cœur des mots. Mais aussi la planche comme champ de bataille entre les mots et les images.

L’image et le mot s’appellent, se répondent, se correspondent, se font écho, se commentent l’une l’autre et l’un l’autre. Sans aucune priorité. Dans des registres volontairement distincts. Dans une proximité d’espace aussi bien qu’avec distances selon des liens qui appartiennent à la vie et à ses strates qu’on peut cerner, qu’on peut deviner ou contraire qui vous échappent dès lors qu’ils relèvent de l’intime, de la rencontre fortuite ou d’étranges associations.

Ils se chevauchent et se fuient.
Fusionnent et frictionnent.
S’affirment et se contredisent.
S’imposent et s’immiscent.

Restent des espaces blancs. Généralement peu, même si le dépouillement est la marque de certaines planches. Blancs : ni espaces-absence, ni espaces creux, ni négatifs visuels. Plutôt la respiration, irrégulière au cœur de cette aventure (batailleuse). Un vide, territoire de la circulation et de la lecture, même si, au premier regard des œuvres, c’est quelque fois un embouteillage qui nécessite de la part du « lecteur » reculs, changements de direction et saut d’obstacles.

Résultat ? Tout a éclaté. Plus rien ne relève de la cohérence apprise et de la continuité sensée édifier nos vies. Plus rien ne tient ensemble. Ne restent que des résidus, des fragments épars.

Et pourtant, quelques structures spécifiques apparaissent dès lors qu’on procède à une lecture transversale de cette œuvre.

Les planches miroirs, mises en regard, qui se font écho l’une à l’autre.
Les planches-titres et les planches-images dont un mot ou une image, s’imposent à toute lecture et relèguent au second plan toute autre intervention de l’artiste.
Les planches images et les planches titres qui font le choix de ces deux langages pour un même objet, une même personnalité, une même situation.
Les planches déclinaisons : figures version collage magazine, version photographie, version dessin.
Les planches dépouillées où un crayonné, quelques mots (peu), quelques traces (à peine) suffisent. Respirations.
Les planches décomposition de l’image ou du mot en ses diverses composantes et ses divers traitements.
Et surtout cette quantité des planches correspondances / résonnances au sens où l’entendait Rimbaud.
Tout autant de dominantes jamais exclusives. S’y intègrent nombre de signes, matériaux et traitements qui n’ont d’autre nécessité que de renvoyer le lecteur à une infinie déambulation dans la page-planche au point de lui faire délaisser toute recherche de sens et de privilégier le bonheur que procurent sauts de matière, écarts de langages, déstructurations de valeurs, mises en abymes, voies sans issues, et autres les distorsions. Quels que soient les bonheurs intellectuels, le plus grand plaisir est visuel.

Pour ce littéraire, l’art est un perpétuel essai, avec ses allers-retours, ses choix et ses renoms. Il l’accepte et montre que l’art est un processus de recherche. Mais, plutôt que de l’occulter, plutôt que d’effacer tâtonnements et regrets, il a choisi d’en faire œuvre. D’accepter tous les niveaux de lecture, toutes les formes, tous les matériaux d’appui. De renoncer, définitivement, à la forme esthétiquement et littérairement pré construite. De travailler avec ce qui est et de ne renoncer à rien. Et, élément par élément, mot à image et image à mot, trouver, pour chaque planche-défi, la façon très particulière dont ce champ de bataille et de recherche, invente sa propre logique, dont tous les morceaux, on ne peut plus épars, arrivent, plastiquement et littérairement à tenir ensemble. Fabuleux défi esthétique et rigoureuse philosophie existentielle que de donner sens, porter seconde et nouvelle vie à la diversité qui nous façonne et trop souvent nous blesse irrémédiablement. Dans les chaos de nos mondes Jean-Pierre Marquet sait trouver une forme de liberté qu’il conquiert et réinvente quotidiennement.

Observer et commenter
Si l’artiste est au cœur de la bataille avec tous les éléments et toutes les armes dont il dispose, il en est aussi l’observateur et le commentateur privilégié.
Comme la guerre encore, les planches ne se font pas en un jour. Si le direct s’affirme dans le trait-geste, dans la violence de traitement des matériaux, en fin observateur de sa démarche, il arrive souvent à l’artiste d’accorder quelque repos à ses planches après un premier traitement qu’il leur a fait subir. Il y revient ensuite avec la même énergie, afin de préciser et d’affiner les lignes de force du grand chaos qu’il a créé. Distance et lucidité.

Au bas de ses planches, Jean-Pierre Marquet rédige et appose deux courtes phrases. Sans lien de cause à effet avec telle ou telle œuvre, mais sous forme de questionnement / proposition par rapport à l’ensemble de sa démarche. Et là encore l’autofiction s’impose à lui. Car ces doubles phrases sont-elles autre chose que des réflexions personnelles, des citations, des détournements issus de ses lectures, des références ou des allusions à d’autres auteurs, à d’autres œuvres ? Il y a, présents, bien des processus à l’œuvre dans l’écriture chez cet artiste tout à la fois plasticien et critique, commentateur d’art de sa démarche. Non pas, comme d’autres plasticiens, dans des ouvrages distincts de leur œuvre, mais transcrits au bas de chacune des pages de ce perpétuel carnet de notes que sont ses Autofictions.


Alain de Wasseige